Bistronomia : il était une fois la révolution en cuisine
Une série pleine de fougue et d’enthousiasme en 9 x 26 minutes à découvrir sur France 2 et sur France.tv. Prix du meilleur scénario au festival de la Rochelle.
Passer la publicité Passer la publicitéParis, 2005. Johanna (Yowa-Angélys Tshikaya) et Amandine (Louise Labèque) travaillent dans un restaurant étoilé. La première est une jeune cheffe autodidacte, prometteuse, voire surdouée. Métisse, originaire de Seine Saint-Denis, elle vit au quotidien les émeutes de banlieue liées au décès de deux adolescents de Clichy-sous-bois. La seconde est stagiaire en salle. Fille d’un grand nom de la gastronomie, elle a lâché Sciences Po pour fuir un chemin bourgeois tout tracé et exister dans le domaine de son père. Elles sont confrontées à un rythme épuisant, la violence psychologique comme physique du métier, un chef odieux (Jean-Hugues Anglade) mais aussi au sexisme, au patriarcat, au racisme... Des sous-entendus ironiques aux insultes et humiliations, en passant par les assiettes qui volent à travers la cuisine.
La première, encore, se shoote aux antidouleurs. La tête dans les épaules, telle une boxeuse, elle encaisse les coups, jusqu’à plus soif. La seconde, pas si gâtée, résiste tant bien que mal aux assauts de son chef de rang et tente de dissimuler sa boulimie. À leurs côtés, un troisième larron, Vivian (Édouard Sulpice). Journaliste et critique culinaire en herbe, il arrondit ses fins de mois comme serveur dans un bar de quartier tout en faisant le forcing pour intégrer le célèbre guide gastronomique Michelet. Mais l’arrogance comme l’académisme du patron de l’ouvrage (Nicolas Briançon) auront raison de ses velléités.
Passer la publicitéEntre ras-le-bol de leur situation, lassitude et frustration face à l’élitisme du milieu, les trois «vingtenaires» vont en effet ruer dans les brancards. Grâce au talent et à l’inventivité de Johanna, à l’esprit d’entreprise et la débrouillardise d’Amandine, aux idées novatrices de Vivian, ils réussiront, après moult déboires, à ouvrir leur propre établissement. Leur mot d’ordre – la qualité à un prix raisonnable, des produits locaux, un cadre simple et chaleureux– pose les bases de la « révolution » de la bistronomie, mouvement porté notamment à l’époque par Yves Camdeborde, conseiller sur la série.
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Créée par Marie-Sophie Chambon d’après une idée d’Alexandre Cammas et de Marine Bidaud — duo fondateur du guide Fooding -, pour France.tv/Slash, Bistronomia fait se rejoindre, habilement, plusieurs combats. Celui de jeunes passionnés qui rêvent de cette liberté nouvelle de proposer une autre cuisine, accessible et répondant aux enjeux de durabilité. Celui, qui a pris de l’ampleur depuis la crise du Covid, d’un environnement de travail sain, serein, répondant aux aspirations de chacun. Celui, enfin, plus que jamais d’actualité après le mouvement #MeToo, de la parité. «Au croisement du récit initiatique, de la chronique sociale et du drame culinaire, Bistronomia répond à une appétence du public jeune pour des fictions incarnées, sensibles, et connectées à leurs luttes. En cela, elle est aussi un hommage vibrant à tous ceux et celles qui, à travers leur métier, s’engagent pour une société plus juste», confirme Manuel Alduy, directeur de la fiction de France télévisions.
Avec une histoire originale forte (la série a reçu le prix du scénario au Festival de la fiction de La Rochelle en septembre), un sens du rythme et une énergie folle qui évoquent les séries américaines The Bear (pour l’effervescence en cuisine) ou même Silicon Valley (pour la fougue de ces jeunes entrepreneurs créateurs de start-up), des personnages attachants incarnés par des acteurs pleins de fraîcheur, Bistronomia est une jolie réussite.







































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