Groenland : menaces sur l’île
Dimanche (21 h 05), France 5 propose le documentaire très instructif « Annexe-moi si tu peux », suivi d’un débat, dans le cadre d’une soirée « Le Monde en face ».
Passer la publicité Passer la publicitéComment un si petit peuple, quelque 57 000 Inuits (qui signifie tout simplement « humain »), peut-il être au cœur de tant d’enjeux ? Parce que le Groenland, plus grande île du monde, occupe une position stratégique dans l’Arctique. « Nous avons besoin du Groenland pour des raisons de sécurité nationale, afin de protéger le monde libre », avait lancé, au début de son second mandat, Donald Trump annonçant son intention d’annexer ce territoire autonome danois – autrefois colonie puis province. Un discours et des images glaçants par leur ton ouvertement ironique, menaçant et paternaliste à la fois. « On va bien vous traiter, vous savez », ajoutera le président américain, envoyant son fils Trump Junior en émissaire.
Partant de cet épisode récent, le documentaire Groenland, annexe-moi si tu peux, de Walid Berrissoul, remonte le temps pour retracer l’histoire de l’île. Les États-Unis qui avaient tenté d’acheter le territoire aux Danois par trois fois au XXe siècle. La base spatiale de Pituffik installée par les Américains, encore, durant la guerre froide, afin de prévenir les missiles, qui obligea les autochtones à partir et se sédentariser. Le B52 de la United States Air Force qui s’écrasa en 1968 avec des bombes atomiques à bord conduisant à une contamination radioactive génératrice de nombreux cancers…
Passer la publicitéDe futures routes commerciales
Mais le Groenland est tout autant un enjeu au niveau économique. La Russie, la Chine et l’Amérique misent sur de futures routes commerciales. Ses sous-sols recèlent de trésors : cobalt, graphite, or, terres rares… permettant une domination financière mais également militaire. Cependant, révèle le documentaire, leur exploitation, proche d’une gigantesque réserve d’uranium, la 6e au monde, pourrait entraîner, elle aussi, de forts risques de radioactivité. Quant à la fonte des glaces liée au dérèglement climatique, elle libère de véritables poisons enfouis dans les années 1960 par les Américains.
Walid Berrissoul donne la parole aux autochtones, qui tentent de se mobiliser. « Nous avons survécu aux Vikings et aux Danois », lance l’un d’eux. L’indépendance fut le thème central des élections législatives en mars dernier. Le danger venu des États-Unis – qui prend des formes multiples, d’une déferlante de touristes US aux activistes pro-Trump sponsorisant une célèbre course de chiens de traîneau… - fait aussi bouger les lignes côté Danemark : excuses pour les abus sur les femmes auxquelles étaient imposés des stérilets dans les années 1970 voire la stérilisation forcée, mea-culpa sur les discriminations concernant les enfants placés (7 % chez les Inuits contre 1 % chez les Danois)… En conclusion de cet état des lieux riche et passionnant d’une île avant-poste du changement climatique, un cri d’alarme du poète Aqqaluk Lynge : « Ne laissez pas fondre la calotte glaciaire ! C’est quelque chose que le monde entier devrait protéger avec nous… »
Diffusé dans la case « Le Monde en face », le film sera suivi d’un débat animé par Aurélie Casse. À voir ou revoir aussi, la formidable série politique danoise Borgen (en intégralité sur Netflix). Elle nous avait familiarisés avec la question de l’indépendance du Groenland, puis en 4e saison (sur Arte.tv), imaginé une succession de crises à l’international, impliquant la Russie, les États-Unis et la Chine, suite à la découverte d’un immense gisement pétrolier sur l’île…





























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