L’Heure zéro (Canal+) : l’origine du mal
La chaîne propose un nouveau volet de la collection de la BBC, D’après Agatha Christie, avec un remarquable casting autour d’Anjelica Huston.
Passer la publicité Passer la publicité«Les romans policiers commencent généralement par le meurtre. Mais non, le meurtre c’est la fin, l’histoire commence bien avant, lorsque la graine du meurtre est semée, à l’heure zéro. S’ensuit une longue chaîne d’événements liés, une chaîne de causes à effets : insultes, griefs, blessures… », énonce sentencieusement un des protagonistes de L’Heure zéro .
Après ABC contre Poirot avec John Malkovich ou Le Cheval pâle avec Rufus Sewell, Canal+ offre un nouveau volet, en quatre épisodes, de la collection D’après Agatha Christie. Des relectures d’excellente facture, inspirées des œuvres indémodables de la célèbre auteur britannique, et produites par la BBC.
Passer la publicitéAngleterre, 1936. Après un divorce pour adultère tumultueux et très médiatisé, Neville Strange (Oliver Jackson-Cohen et ses faux airs de Jake Gyllenhaal), star du tennis, convie pourtant son ex-épouse (Ella Lily Hyland, Black Doves ) à passer l’été avec la nouvelle (Mimi Keene, Sex Education ), sulfureuse jeune femme à la réputation de croqueuse de diamants, voire d’«aventurière» - doux euphémisme pour prostituée -, dans la somptueuse demeure de sa tante lady Tressilian. Cette matriarche, trônant, cadavérique, dans son lit (Anjelica Huston, L’Honneur des Prizzi, La Famille Addams), depuis la mort de son époux dont elle a vu, impuissante, le bateau couler, balance quelques vérités bien senties - «une femme n’est jamais vraiment indépendante»- et s’amuse à reconsidérer son testament au regard de l’allégeance de son entourage.
« Une matriarche dominatrice et calculatrice »
« Lady Tressilian est à la tête d’une famille très désunie et indisciplinée, avec de nombreux problèmes, et c’est à elle qu’il revient de remettre de l’ordre - du moins, c’est ainsi qu’elle le perçoit », explique son interprète. Elle possède un don pour que chacun fasse ce qu’elle veut, prenant les rênes et dirigeant le navire à sa guise. Elle mène la danse comme un homme le ferait - ou du moins, elle essaie. C’est assez inhabituel pour une femme de cette époque. Elle est dominatrice, calculatrice et iconoclaste. Elle a ses chouchous et elle est exigeante et critique. Elle adore tous ses “enfants”, mais elle ne laissera personne faire n’importe quoi. » Autour d’elle gravitent ainsi un flic suicidaire (Matthew Rhys, The Americans, parfaitement défait et au bout du rouleau), l’avocat de la famille (Clarke Peters, Sur écoute), la pupille de celui-ci, un neveu ruiné, une dame de compagnie solitaire, un valet aux attitudes louches, un playboy français…
Meurtres il y aura, à mi-parcours, mais pour mieux remonter, en effet, à l’origine du mal dans le cadre sauvage et beau du Devonshire, avec ses falaises menaçantes. La série fait montre d’une lenteur maîtrisée, à l’instar de ses cadrages, à la symétrie remarquable. Élégante, raffinée, sensuelle, venimeuse, elle scrute ce triangle amoureux en semblant d’abord ne pas savoir se départir d’une certaine froideur. Mais quand les secrets et tragédies de l’enfance refont surface, que les cœurs dévoilent leurs raisons que la raison ignore, et que les fantômes de la Grande Guerre affleurent, l’émotion se révèle in fine bien présente.

































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