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Merteuil (HBO Max) : la revanche de la Marquise

Vincent Lacoste et Anamaria Vartolomei dans Merteuil.
Vincent Lacoste et Anamaria Vartolomei dans Merteuil. caroline dubois

Cette série donne la parole à l’antihéroïne des Liaisons dangereuses et fait ressortir le cri de rage originel du roman de Laclos. Audacieux.

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Passer après les somptueuses et iconiques adaptations de Stephen Frears, avec John Malkovich et Glenn Close, et de Milos Forman, avec Colin Firth, est un défi que la réalisatrice et coscénariste Jessica Palud n’aurait pas relevé si elle n’avait pas pu apporter une nouvelle pierre à l’édifice des Liaisons dangereuses. En ligne sur HBO Max, les six épisodes de sa série événement Merteuil révèlent un angle mort criant et fascinant du roman épistolaire de Choderlos de Laclos, publié en 1782 : son antihéroïne. Plutôt que de raconter les jeux de séduction et de manipulation à travers le regard du cynique vicomte de Valmont, Merteuil donne la parole à la mal-aimée Marquise.

La série s’ouvre sur un récit des origines avant de revisiter les événements décrits par Choderlos de Laclos. Merteuil s’attarde sur l’ascension douloureuse d’Isabelle. L’orpheline démunie, élevée au couvent, sent bien qu’elle n’a pas la piété chevillée à l’âme et au corps. Valmont repère d’emblée sa nature sensuelle et n’a aucun mal à la duper dans un faux mariage. Abandonnée au lendemain de sa nuit de noces, Isabelle va devoir user de ses charmes et de sa ruse pour survivre.

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En quête de liberté

Merteuil imagine une autre Marquise : moins cruelle et monstre glacial qu’en quête de liberté. Une jeune femme intelligente, campée avec fougue par Anamaria Vartolomei (L’Événement), tellement humiliée par l’aristocratie libertine qu’elle va vouloir les prendre à leur propre piège, qu’il s’agisse de pouvoir ou de sentiments. « Cela m’intéressait de raconter autrement ce récit, d’en rappeler la modernité et l’écho à notre époque. Cette femme humiliée va se faire entendre, oser dire non aux hommes. C’est une guerrière en quête de vengeance, une sorte de #MeToo du XVIIIe siècle », plaide Jessica Palud. La cinéaste réveille le cri de rage féminin du roman, souvent occulté ou minimisé dans les transpositions précédentes. Les puristes auraient tort de crier à la surinterprétation woke. Choderlos de Laclos faisait bien dire à son héroïne qu’elle était « née pour venger son sexe et maîtriser celui des hommes ».

Le scénariste Jean-Baptiste Delafon (D’argent et de sang ) a gardé la trame générale de l’ouvrage pour mieux s’en éloigner, rajeunissant les personnages, en inventant d’autres. À mille lieues de la perspicace vieille dame attendue, Mme de Rosemonde, campée par Diane Kruger, devient le mentor de Merteuil. Une sororité complexe. Mi-maquerelle, mi-alliée, Mme de Rosemonde, qui guette le déclin de sa beauté, incarne une génération qui n’a pu aller aussi loin que sa protégée, dont elle admire et redoute le jusqu’au-boutisme. Tout juste cité dans le roman, le dominateur Comte de Gercourt s’impose comme l’adversaire de la Marquise (offrant un beau contre-emploi de vrai méchant à Lucas Bravo d’Emily à Paris ). Par ricochet, Vincent Lacoste propose un Valmont sensible et romanesque dépassé par le monstre qu’il a créé.

Jessica Palud ose à l’écran la réalité érotique et sexuelle du libertinage - aussi émancipateur que destructeur -, dans lequel ses protagonistes s’épanouissent à divers degrés. Merteuil démarre dans une surenchère poussive de chair et d’orgies, avant d’émouvoir en cherchant les peurs et l’humanité derrière les masques et d’élargir son propos à un horizon politique. Jusqu’à une confrontation à la cour de Versailles. Débauchés et dévots s’y font face sous l’arbitrage ambivalent du roi. Un épilogue radical et perspicace.

Merteuil (HBO Max) : la revanche de la Marquise

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4 commentaires
  • François153

    le

    Pitié, pas ça

  • anonyme

    le

    Navet

  • vpaulmar

    le

    Ce qui est intéressant dans le livre, c’est le désespoir amoureux poussé à son paroxysme vengeur, pas une nouvelle passionaria à la mode du jour

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